Conférence de fin de projet REHPAR : retour sur trois années de restauration de l’huître plate, native des côtes bretonnes

Récif d’huîtres plates – © S. Pouvreau, Ifremer.

Depuis 2024, le Comité Régional de la Conchyliculture Bretagne-Nord, l’Ifremer et le Parc naturel régional d’Armorique ont uni leurs compétences pour restaurer des récifs d’huîtres plates, natives des côtes bretonnes, au cœur d’un site protégé de la rade de Brest. Les résultats de cette expérimentation seront présentés à l’occasion d’une conférence organisée à Océanopolis.

La conférence « La grande épopée de l’huître native de la rade de Brest » prendra la forme de trois tables rondes thématiques réunissant une dizaine d’acteurs du territoire : scientifiques, gestionnaires, ostréiculteurs et professionnels de l’hôtellerie-restauration. Ensemble, ils raconteront le passé, le présent et l’avenir de cette huître emblématique de la rade de Brest. Ils présenteront les travaux menés depuis trois ans pour favoriser son retour, et ce que cette restauration peut apporter à la rade et à ses habitants. Rendez-vous à 18h30 à Océanopolis, l’évènement est gratuit, sans inscription dans la limite des places disponibles.

Une huître qui construit des récifs

Huître native des côtes bretonnes, l’huître plate est dite « ingénieure » car elle bâtit de petits récifs sur le fond, qui deviennent à leur tour un habitat pour bien d’autres espèces. Larves, poissons adultes et petits invertébrés y trouvent refuge, de quoi se nourrir et des lieux pour se reproduire. On estime à plus d’une centaine les espèces qui peuvent profiter de ce logis naturel. L’huître rend aussi un autre service à la rade, car en se nourrissant, elle filtre l’eau.

Surexploités au 19ème siècle puis victimes de maladies dans les années 1970, les bancs d’huîtres plates ne subsistent plus que dans quelques petites baies et estuaires de Bretagne, notamment en rade de Brest et en baie de Quiberon. La rade de Brest est ainsi l’un des derniers endroits en France où les jeunes huîtres plates se fixent encore naturellement, ce qui en fait un lieu idéal pour tenter de la faire revenir.

Trois ans pour lui redonner sa place

Depuis janvier 2024, le Comité Régional de la Conchyliculture Bretagne-Nord (CRCBN), l’Ifremer et le Parc naturel régional d’Armorique travaillent ensemble pour faire revivre un ancien récif huîtrier de la rade. C’est la première fois que ces trois acteurs, aux missions et aux sensibilités différentes, s’associent ainsi autour de deux objectifs : concilier les activités du territoire et sa vitalité économique avec la préservation de l’environnement.

Le CRCBN, du fait de son savoir-faire sur la reproduction de l’espèce en milieu contrôlé, a permis la comparaison d’un ensemencement réalisé en écloserie et dans le milieu naturel. Les scientifiques de l’Ifremer ont mis au point les techniques de restauration en travaillant notamment sur le développement de petits habitats écologiques favorables aux larves d’huîtres : les éco-modules. Enfin, le Parc d’Armorique, gestionnaire du site Natura 2000 de la rade de Brest a partagé son expertise en matière de préservation et restauration des habitats marins.

La méthode de restauration relève de l’« ingénierie écologique » : installer sous l’eau de petits supports en matériaux naturels, dont la forme et la composition imite ce que l’huître aime coloniser. Les partenaires ont d’abord perfectionné ces supports ainsi que la production en écloserie de jeunes huîtres robustes. Ils les ont ensuite déployés en deux temps, en 2024 puis en 2025, avant d’observer comment la vie s’installe sur les modules comme dans les fonds alentour.

Le projet s’appuie sur l’expérience de plusieurs initiatives menées en Bretagne ces dernières années. Et le premier bilan en est très positif : 200 m² ont déjà été implantés avec succès, avec un taux de réussite entre 60 et 100%, selon que les éco-modules ont été ensemencés en écloserie ou en milieu naturel, mais aussi selon les conditions climatiques de l’année.

Le bilan en quelques chiffres :

  • 200 « éco-modules » immergés sur 200 m² – pour la moitié ensemencés avec des huîtres en écloserie et l’autre moitié dans le milieu naturel en mer
  • des suivis écologiques chaque année pour suivre l’évolution de l’habitat et des espèces : densité, taille et croissance des huîtres ainsi qu’une évaluation sur le long terme de l’évolution de l’habitat benthique (sur le fond de la rade)
  • une centaine d’espèces de crustacés, de poissons ou encore de mollusques (Pétoncle noir, nudibranche, ascidies coloniales, ver tubicole, éponge…), recensées sur les récifs d’huîtres plates
  • des actions de sensibilisation auprès des usagers de la rade de Brest et du jeune public (vidéos, panneau d’information, mallette pédagogique, animations aux Journées européennes du Patrimoine 2025, intervention au Séminaire européen sur la restauration écologique en 2026…)
Le site choisi pour l’implantation des éco-modules, en rade de Brest – © A. le Joncour, Parc d’Armorique.

Et après ?

REHPAR s’achève le 31 décembre 2026, mais l’aventure continue. Les trois partenaires prolongent leur collaboration : ils prévoient d’agrandir le site actuel, de tester la démarche sur un nouveau type d’habitat et d’associer davantage les acteurs du territoire ainsi que les plongeurs de loisir.

REHPAR n’est en effet qu’une première étape. L’objectif est de passer à plus grande échelle et de reproduire l’expérience sur d’autres sites en France. Le projet s’inscrit dans la stratégie européenne portée par l’alliance NORA (Native Oyster Restoration Alliance) pour le retour de l’huître native sur les côtes de l’Europe, afin de lutter contre l’érosion de la biodiversité et de proposer des solutions d’atténuation des conséquences du changement climatique.

Le projet REHPAR, d’un budget de 328 500 €, a été financé à 60 % par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, à 20 % par le Fonds vert et à 20 % par les partenaires eux-mêmes. Le soutien de l’Agence de l’eau s’inscrit dans un appel à initiatives pour la biodiversité marine, qui encourage les « solutions fondées sur la nature » : s’appuyer sur les écosystèmes eux-mêmes pour protéger le littoral et le rendre plus résilient.

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